S’il vaut mieux s’y prendre tôt pour contracter un 3e pilier, il faut aussi prendre son temps pour bien choisir le produit approprié.

S’il existe bien un sujet difficile à appréhender, c’est celui de la prévoyance individuelle et plus précisément du 3e  pilier lié. C’est d’ailleurs cette complexité qui pousse – à tort – un grand nombre de personnes à occulter le sujet, voire, pire encore, à s’en désintéresser une fois le contrat de 3e  pilier lié signé.

Il est tellement plus facile de classer ce document en fin d’année que d’analyser si les primes payées chaque mois apportent réellement une plus-value en termes de performance. Et dans la jungle des produits de prévoyance, il n’est pas toujours facile de s’en sortir. Un bref résumé s’impose: La Suisse est dotée d’un système de prévoyance retraite solide et sûr, que bien des voisins européens envient.

Après l’AVS et la mise en place du 2e  pilier, une nouvelle forme de «plan retraite» a vu le jour en 1985. Facultatif, le 3e   pilier a été créé avec pour objectif de permettre à ceux qui le souhaitent d’épargner davantage pour leur retraite afin d’essayer de maintenir leur niveau de vie antérieur.

Pour encourager cette épargne, le législateur a mis en place un système d’avantages fiscaux. En général, la personne a le choix entre une couverture en cas de décès ou d’invalidité (un produit d’assurance) ou la constitution d’un capital pour sa retraite (produit bancaire). Elle peut aussi opter pour les deux à la fois. Et c’est là que le bas – de laine – blesse. En effet, les assureurs proposent un produit qui combine une couverture d’assurance (décès et/ou invalidité) et de l’épargne.

Cette épargne peut être, ou non, investie en fonds de placement. Jusque-là rien de problématique, si les courtiers en assurances n’avaient pas tendance à «pousser» ce type de produit dans le but, non avoué, de toucher des commissions plus conséquentes qui ont, en plus, l’avantage d’être payées en une fois lors de la conclusion du contrat. On comprend peut-être mieux pourquoi l’assurance mixte a la cote auprès des courtiers.

«Mais est-ce vraiment là l’intérêt du client?, s’interroge Pierre Novello, spécialiste en finance et auteur du Guide de votre prévoyance. Je crois que, dans bien des cas, la personne aurait tout intérêt à conclure un produit d’assurance décès et invalidité auprès d’un assureur, pour autant qu’elle en ait réellement la nécessité et d’ouvrir un compte prévoyance dans un établissement bancaire.» Seul hic, dans ce cas de figure, la commission perçue par l’assureur sur le produit «risque pur» est nettement plus faible que pour une assurance mixte.

Rendement variable

Il serait cependant faux de peindre le diable sur la muraille. Les compagnies d’assurances actives en Suisse sont très bien surveillées et réglementées par l’Autorité de surveillance des marchés financiers (Finma). Elles ne peuvent donc pas agir à leur guise. La Finma fixe notamment un taux technique, sous-entendu le taux d’intérêt garanti minimum. Celui-ci a été abaissé au 1er  avril 2014 à 1,25% contre 1,5% auparavant. Mais là encore, cela ne veut pas dire que celui qui a conclu une assurance touchera ce rendement. Le client subira, malheureusement pour lui, les frais liés au produit. Ces derniers dépendront de la structure du produit, des risques encourus, mais aussi de la «gourmandise» des compagnies d’assurances.

Au final, il se peut que le rendement effectif descende, dans certains cas de figure, à 0,2%! Cependant, le gain engendré par l’économie d’impôt compense à lui seul le faible rendement de ce type de produit, qui, il ne faut pas l’oublier, est un placement garanti, donc sûr.

D’un autre côté, si l’assuré souhaite prendre davantage de risques, il peut choisir d’opter pour une assurance mixte associée à des fonds de placement, avec une pondération plus ou moins grande en actions. Cette possibilité existe, non seulement dans le cadre d’une assurance mixte mais aussi auprès d’un établissement bancaire avec l’ouverture d’un compte de prévoyance. Dans ce cas, le 3e  pilier lié n’est pas complété par une assurance risque pur, qui peut toutefois être conclue séparément en cas de besoin.

Avantage fiscal indéniable

Ce que tout le monde sait en revanche, pour l’avoir entendu à de nombreuses reprises, c’est que le 3e pilier lié est déductible fiscalement. Et qui n’aurait pas envie de payer moins d’impôts? C’est en grande partie grâce à cet argument indéniable que les courtiers en assurances convainquent leurs clients de souscrire à un 3e  pilier lié.

Mais pas toujours à leur avantage. «Un 3e  pilier n’est pas forcément utile à tout le monde, insiste Pierre Novello. Le client doit impérativement, avant d’opter pour ce type de produit, procéder à une analyse globale de sa situation en tenant compte de nombreux facteurs comme sa situation familiale, professionnelle ou patrimoniale. S’il opte pour l’un des deux produits de manière distincte (assurance et/ou épargne), l’avantage fiscal s’applique aussi.»