3 Quand faut-il se lancer?

«Même si les marchés sont très hauts, c’est un bon moment pour investir, commente Thomas Veillet. Cependant, il faut investir dans le long terme.» Ainsi, il faut savoir être patient et toujours se poser la question de son horizon temps d’investissement.

«Si les fonds investis servent à couvrir des besoins futurs selon un échéancier précis, tel l’écolage de vos enfants, il faudrait plutôt se tourner vers les obligations. Mais cette stratégie est rendue compliquée par une rémunération exceptionnellement basse, rendant ces titres non seulement peu rentables, mais également vulnérables en cas de remontée des taux d’intérêt», avertit Pierre Novello, auteur de l’ouvrage Bourse, guide de l’investisseur (Editions Pierre Novello).

Selon le financier Stefan Kremeth, fondateur et CEO d’Incrementum, quand on se lance, il faut investir au minimum pendant une période de cinq ans. Sinon, il s’agit de spéculation. «Malheureusement, aujourd’hui, tout le monde veut tout, tout de suite. La vision actuelle est beaucoup trop à court terme, générée en partie parles nouveaux médias qui offrent trop d’informations et permettent d’accéder trop facilement à l’actualité boursière», explique Thomas Veillet, également blogueur sur bi-lan.ch.

4 Comment faire son choix parmi les entreprises cotées?

La première chose qu’il faut regarder lorsque l’on souhaite acheter des actions d’une entreprise est son modèle économique. Car même avec les meilleurs dirigeants, une société aux fondements instables ne pourra jamais obtenir de résultats probants. Les experts interrogés recommandent de toujours identifier ce que fait la société et ce qu’elle fera dans les années à venir. Et surtout, il faut suivre l’adage boursier du grand gourou de la finance Warren Buffett: «Mettez de l’argent dans ce que vous comprenez.»

En règle générale, il est aussi important de regarder les bénéfices estimés, la qualité intrinsèque de l’entreprise et l’évolution du marché dans son ensemble. Si une entreprise n’a pas su anticiper les changements de comportement des consommateurs et n’a pas su changer son business model, alors elle risque la dégringolade. Il ne faut surtout pas miser sur ce genre de sociétés. Des exemples récents ont montré que de nombreuses grandes entreprises n’ ont pas réussi à prendre le virage des nouvelles technologies ou n’ ont pas su s’adapter au changement de comportement de la société.

Autre conseil? Aller parfois à l’encontre des tendances du marché. En effet, Warren Buffett a l’habitude d’investir dans des entreprises qu’il juge sous-évaluées mais disposant d’un potentiel de croissance important. «Notre but est de découvrir des compagnies extraordinaires à des prix ordinaires et non des compagnies ordinaires à des prix extraordinaires», raconte l’oracle d’Omaha. Il aime aussi dire: «La plupart des gens s’intéressent aux actions quand tout le monde s’y intéresse. Le moment d’acheter est quand personne ne veut acheter. Vous ne pouvez acheter ce qui est populaire.»

Même s’il est vivement recommandé de connaître et comprendre le fonctionnement de l’entreprise dans laquelle on va investir de l’argent, il est important «de ne pas tomber amoureux de son action, avertit Pierre Novello: il faut avoir un regard froid, être capable de vendre le titre au bon moment, sans y être attaché». Ainsi, si un titre tourne mal et commence à montrer des signes de baisse, il faut vendre rapidement et accepter les pertes. Le degré de résistance aux risques financiers joue également un rôle important sur la stratégie d’investissement choisie. «Il faut savoir se violenter et accepter sa perte. Si vous ne dormez pas à cause de vos investissements, n’allez pas en bourse. Il faut être tolérant au risque, avec des nerfs solides pour tenir», explique Daniel Glasner, CEO d’Action Finance.

Si certains spécialistes estiment qu’il est préférable d’être conseillé par un professionnel de la bourse, d’autres jugent que se lancer en bourse ne demande pas de compétences exceptionnelles. Il suffirait de s’intéresser à ce qui se passe dans les entreprises. En règle générale, il est recommandé pour l’investisseur de s’intéresser à des entreprises et des domaines qu’il comprend. «Si vous êtes passionné par la technologie, vous saurez quelle entreprise a du succès dans ce secteur et laquelle n’en a pas», ajoute Daniel Glasner. Le «do it your-self» reste cependant assez compliqué, selon le patron d’Action Finance. «Je conseille plutôt d’être épaulé par un professionnel.» Acheter des fonds de placement est aussi conseillé puisque ce sont des professionnels qui gèrent les avoirs du fonds et qui publient tous les mois un rapport expliquant leur décision d’investissement.

Le financier zurichois Stefan Kremeth n’apprécie pas tant les fonds de placement et préfère investir pour ses clients privés dans des sociétés qui produisent des cashflows positifs avec leur business intrinsèque. Dans ses portefeuilles, il met l’accent sur des sociétés qui partagent leur flux de trésorerie positif en dividende ou en réduction de capital avec les actionnaires comme le font, par exemple, Zurich, Swiss Re, Nestlé, Roche, Novartis ou encore Kuehne + Nagel. «Je n’investis jamais dans des actions américaines pour des raisons administratives et d’impôts.» Les portefeuilles sont en général à 85% en francs suisses et constitués principalement d’actions, d’un peu d’obligations, de cash et d’or. Le métal précieux représente environ5% des portefeuilles comme «sorte d’assurance».

5 Comment passer un ordre d’achat ou de vente?

«Grâce à internet, tout un chacun peut passer directement ses ordres via le site d’un courtier en ligne, à des prix cassés, mais avec un service au rabais, c’est-à-dire sans conseil personnalisé», explique le journaliste économique Pierre Novello. Grâce à ces plateformes, l’investisseur peut gérer son portefeuille en toute autonomie. Il obtient immédiatement les indications nécessaires pour passer ses ordres, contrôler l’état du du compte, de ses liquidités et de son portefeuille, tout en ayant accès aux cours en temps réel de nombreux titres cotés.

Actuellement, Swissquote, qui est d’ailleurs devenue une banque en ligne, domine largement ce secteur en Suisse. Cependant, certaines banques de détail disposent aussi d’un service en ligne qui permet aux boursicoteurs de passer facilement des ordres. Il vaut la peine de bien examiner les offres, tant les écarts de frais sont importants. «Quand on se lance tout seul en bourse, il faut aussi savoir identifier le code ISIN qui est le code d’identification d’une valeur boursière car une société peut avoir émis plusieurs valeurs (actions, obligations, fonds de placement) placées sur différents marchés boursiers», prévient Daniel Glasner.

Certaines banques se sont spécialisées dans des services en ligne pour une clientèle qui veut tout faire toute seule. «Dans l’avenir proche, les banques vont probablement développer pour les investisseurs un service de conseils en placement sous forme de «chats» et de vidéoconférences promulgués par une équipe spécialisée en investissement, en complément aux conseils personnalisés fournis par le responsable clientèle, prédit Daniel Glasner. En effet, je ne comprends toujours pas pourquoi, dans une multitude d’industries, il existe déjà une offre de services de conseils sous forme de «chats», mais pas dans le secteur de la banque. Pourtant, l’établissement financier doit s’assurer que les conseils qu’il fournit sont en adéquation avec les objectifs d’investissement et les connaissances de ces derniers.»

7 Investir dans des fonds?

Si vous ne souhaitez pas gérer votre portefeuille vous-même, vous pouvez acheter des parts de fonds de placement, rappelle Pierre Novello. L’avantage? Vous ne devez pas réfléchir à la diversification de votre portefeuille, ni le surveiller, une société de gestion le fait à votre place. Ainsi, un fonds de placement, appelé aussi fonds d’investissement, est un portefeuille de produits de bourse administré par une société de gestion financière qui se charge de le faire fructifier. Chaque personne possédant des parts du fonds en est copropriétaire. En investissant dans une telle structure, on n’achète pas d’actions, on acquiert une partie de toutes les valeurs présentes.

Il y a plusieurs catégories de fonds: les fonds en actions, les fonds obligataires (composés d’obligations d’entreprises privées et d’Etat) et des fonds monétaires. Le fonds négocié en bourse est plus connu sous son nom anglais: Exchange Traded Fund (ETF). C’est un fonds de placement dont le but est de reproduire le comportement d’un indice boursier donné. En y investissant mon épargne, j’ai la garantie que son évolution sera la même que celle de l’indice choisi, avec une marge d’erreur de 1,5%. On peut facilement acheter des parts de fonds de placement sur la toile auprès de certains courtiers en ligne. Vérifiez seulement quelques points: la catégorie à laquelle appartient le fonds, la société de gestion derrière le fonds, la devise, la domiciliation du fonds et les frais de gestion.